Odyssée d'un jeune combattant corse durant la Guerre 1939-1945

Luc Leccia, né en janvier 1920, fut un jeune homme précipité dans la Seconde Guerre Mondiale, par une rencontre chimique, pathétique et singulière avec bien des circonstances, cela via le lycée Thiers de Marseille, le quartier populaire et largement corse du Panier, en passant aussi par les Chantiers de Jeunesse en Bourgogne et leurs forêts profondes, celles dont il sortit en 1941.
Qu'on ne s'y trompe pas, en livrant ses souvenirs militaires et de jeunesse, sous le titre : 'L'odyssée d'un jeune combattant corse durant la Guerre 1939-1945', chez Colonna édition, Luc Leccia, ne prétend pas saisir une gloire tardive, quoique méritée, comme s'il empoignait par sa chevelure de marbre une belle tête de statue.

Son propos est à la fois modeste et exact. De la Corse à la campagne d'Italie et aux batailles de la Provence, ce qui pourrait être une fresque, tout cela est finalement saisi en quelques notes instantanées et franches, en touches fermement posées, depuis le débarquement à Naples, et dans les ruines de Castelforte aux très rudes combats, des épreuves de Monte Cassino, en passant devant Sienne sous d'intenses bombardements, Luc Leccia dit beaucoup en peu de pages, en lignes pudiques et sobres, mais précises. On découvre les rigueurs et les privations de l'Occupation, les vicissitudes de l'époque.

Tout un petit monde aussi de marins et d'insulaires, entre Marseille et la Corse. Les combats encore de la fin d'été et du début de l'automne 1943 pour la libération de l'île. 75 pages, quelques annexes et des cartes, voilà qui peu sembler peu pour dire le parcours imprévu d'un jeune homme ! Pourtant, ces pages brèves, nettes et simples, où l'auteur se veut d'abord témoin tout en ayant valeureusement un acteur direct parmi des millions d'autres combattants, sont importantes. La part militaire des jeunes Corses dans le drame guerrier et fou des années 1939-1945, à travers ce cahier émouvant, est rappelée avec une dignité et une clarté qui méritent bien des éloges.

On croise Socrate ou le dieu Pluton, on découvre des paysages bouleversés, on devine des souffrances, évoquées mais finalement retenues, et dans ce recueil de souvenirs juvéniles et fragiles, il y a une ferveur et un courage superbes parce que tragiquement et sensiblement perçus et vécus.


Ce livre n'est petit que par son format, et c'est bien pourtant une Odyssée, un voyage éprouvant et subtil, sauvage et délicat, dur et guerrier, d'un héros parmi beaucoup d'autres, voilà ce qui nous est donné en offrande. L'absence ne mémoire ne menace pas Luc Leccia. Son trait est vigoureux, ses déchirures et ses angoisses de jeunesse, sa détermination et ses interrogations sont toujours à vif, palpables, plus de soixante-dix ans après leur expérience première.


On passe dans ce récit, dépouillé à l'extrême par nécessité, de forêts qui pourraient évoquer la vision poétique de Lamartine, mais c'est pour faire face à la dureté et à l'épreuve du monde, de la guerre, de sa portée et de son souvenir, de sa mémoire et de sa leçon. Tout cela rapprocherait donc, sans la moindre prétention, Luc Leccia, témoin à la tête haute et à la silhouette toujours jeune, et d'une manière qu'il ne prévoyait sans doute pas, de la vigueur expressive d'Alfred de Vigny, celui de 'Servitude et Grandeur militaires'.
Il n'y a pas de recherche ni de volonté d'écrire « à l'épate », chez Luc Leccia et dans son odyssée batailleuse et partagée par beaucoup d'hommes de sa génération, qu'il faut lire sans hésiter ni attendre. Il y a une écriture simple, claire, qui dit l'émotion et les réalités des dures rencontres qui naissent dans la guerre !


Ces réalités, vécues par un jeune homme de dix-neuf à vingt-cinq ans, Luc Leccia les raconte, en quelques chapitres dont la force d'émotion est restée intacte. Un guerrier imprévu mais courageux est toujours, dans les faits vécus et au-delà de tout, même s'il est à présent un témoin parvenu à un grand âge, un jeune homme, un cœur sensible et un grand vivant.

D'être passé et revenu des batailles et de ses horreurs, cela a fait de Luc Leccia autre chose que le lycéen ou l'étudiant qu'il était en 1939, mais l'homme qu'il est devenu, le témoin agissant qu'il fut, prenant la plume tranquillement, mais avec fermeté, est resté digne, mettant ses émotions et ses images vécues en avant et s'effaçant pour mieux saisir le drame général.

Ses citations et décorations sont en annexes, mais l'homme lui, dans ces pages là, celles de Luc Leccia et de sa rigoureuse et forte "Odyssée d'un jeune combattant corse durant la Guerre 1939-1945", chez Colonna édition, marche toujours, vif, en avant calme et droit , comme il le fit face au feu en Provence! RL.